Comprendre le transfert de Théo Hernández

Quelle est la portée du transfert de Théo Hernández pour le jeu et l’institution du Real Madrid ? Explications.

Depuis maintenant quatre ans, le Real est l’équipe la plus en vogue en Europe. Le club madrilène profite pleinement de cette vague de succès pour tenter de consolider sa suprématie pour les années à venir. Comment ? En signant les potentiels meilleurs joueurs de demain : Vallejo, Vinicius, peut-être Ceballos, et tout récemment, Théo Hernández. Si le Real s’est tout de suite empressé de finaliser sont transfert, c’est que les enjeux sont grands.

Au-delà du jeu

Cela fait maintenant bien longtemps que le Real ne disposait plus d’une doublure digne de ce nom à Marcelo. Pourtant, de bons latéraux gauche en Europe, il en existe. Le Real en a même supervisé quelques uns (Rodriguez, Wendell, Gaya). Mais si ces noms n’ont pas fini à Madrid, c’est parce que les dirigeants merengues ont estimé qu’ils n’avaient pas le niveau requis pour un rôle bien précis : celui de succéder à Roberto Carlos et Marcelo. La Maison Blanche a préféré se « contenter » de Nacho ou Danilo replacés à gauche, voire de l’incongru Coentrão, dans l’attente de trouver un candidat idéal à la succession des deux illustres Brésiliens.

Et enfin, ce candidat est arrivé ! Jeune, spectaculaire, parlant espagnol, le prétendant au trône de meilleur latéral des années à venir à tout pour seoir à l’image du Real Madrid. Sans oublier qu’en signant Théo, le Real enrôle dans ses rangs un grand espoir, qui ne finira pas dans l’escarcelle d’un club rival. C’est mathématique, et c’est qui plus est extrêmement parlant. De plus, réussir à voler un talent affilié à l’Atlético fait office de coup de poing sur la table des clubs influents d’Espagne.  Ce transfert s’inscrit on ne peut mieux dans la politique sportive de renouvellement progressif de l’effectif. Le premier paramètre de ce transfert est donc politique.

Théo sur un terrain, ça vaut quoi ?

Reste qu’il existe un deuxième paramètre, et il est prédominant. Le football a beau être politique, financier, économique et tout ce qu’on veut, ce qui se passe sur le terrain conditionne le reste. Il suffit de penser au transfert d’Odegaard, chargé de toute une symbolique politique, et qui au final s’avère être un échec dont le sport a la secret.

Concernant Théo, on peut dire prudemment, sur le bout des lèvres, qu’il n’est pas encore tout à fait prêt pour s’imposer au Real. Pour commencer, prenons sa taille : 1.84m. Sans que ce ne soit en aucun cas un inconvénient rédhibitoire, elle implique une série de conséquences dans le jeu. Défensivement, le Français souffre en un contre un face à des dribbleurs, centre de gravité haut oblige. Cependant, grâce à sa vitesse, il peut espérer se rattraper en se lançant à la poursuite de ses adversaires directs. Le latéral commet toutefois encore trop de fautes qui lui valent des cartons dans ce genre de situations, par exemple. D’un côté sa vitesse lui permet de récupérer des ballons et de corriger ses erreurs, mais d’un autre, elle lui joue des tours, car il a tendance à se reposer sur sa supériorité physique. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne risque pas d’être pris de vitesse fréquemment. À Alavés, le jeune joueur a évolué dans un contexte favorable, en ce sens qu’il recevait beaucoup d’aide de la part de ses coéquipiers en défense. Ce ne sera pas analogue à Madrid. Dans tous les cas, il n’y pas trop à s’inquiéter, car l’apprentissage défensif sera au programme, et ses professeurs seront renommés. Il se murmure même qu’il a tout pour faire un bon central dans le futur.

AFP PHOTO / CESAR MANSO

En attaque, sa fameuse taille n’est pas négligeable. Elle lui offre une foulée longue et une vitesse de pointe impressionnante (tout cela rappelle le Gareth Bale des jeunes années). Il a brillé cette saison en contre-attaque, participant à quelques buts de choix. Mais une fois encore, le contexte est à prendre en compte. Alavés se reposait sur la contre-attaque comme arme principale, pas le Real. Pour le moment, Théo n’est pas en mesure d’animer un couloir entier comme le font Carvajal et Marcelo surtout. Il se débrouille avec peine dans les périmètres réduits, et manque de créativité. En prenant en compte le fait que les latéraux madrilènes sont souvent livrés à eux-mêmes au moment de créer des différences balle au pied, l’ex colchonero risque de peiner. Sans espaces à attaquer, Théo souffre. Alors, Zidane effectuera peut-être quelques ajustements pour lui offrir des combinaisons dans le dernier tiers du terrain. Sans ça, difficile de l’imaginer évoluer de manière autonome.

Ce qui est évident, c’est que Théo Hernández est davantage un projet d’avenir qu’un projet immédiat. N’oublions pas qu’il a seulement 19 ans ! Ses qualités laissent supposer un potentiel énorme, que le Real doit désormais prendre le temps de révéler. Et ce temps, c’est celui que Marcelo durera.

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