Les clés tactiques de Juventus-Real

Dix mois ont passé depuis que le Real a corrigé la Juve en terres galloises. Depuis, les deux équipes ont changé, ouvrant la porte à un nouveau match.

D’accoutumée, l’hégémonie du Real est défiée par les équipes défendant bas. Le Real attaque, attaque encore, centre dans de mauvaises conditions, perd patience, puis finit par se casser les dents contre une armée de petits soldats défendant leur lopin de terre comme si la famine les menaçait. Or, la Juve est la meilleure équipe du monde dans cet exercice. Parmi les huit derniers prétendants à la Ligue des Champions, le club turinois est celui qui se distingue le plus dans cet aspect du jeu. Et ce malgré la présence de Dybala, Higuain, Pjanic ou autres Douglas Costa dans ses rangs, de sacrés clients dans leur domaine. Dès lors, le Real doit-il craindre l’absence de but dans cette double-confrontation ?

Avant tout, réduire les espaces

Sur le papier, la Juve a tout du contradicteur idéal. La Vieille Dame a supplanté l’Alético en Europe ces dernières années. C’est désormais elle qui entend contrevenir aux désirs de victoire des  puissances offensives totales que sont le Real ou le Barça.

Dans cette affaire, elle se subdivise. Il est important pour ses intérêts que l’adversaire ne se présente pas à sa porte lancé à pleine vitesse. Si Varane ou Lucas Hernández ont la capacité de se débrouiller dans de grands espaces en utilisant leur vitesse, ce n’est pas le cas de Chiellini, Benatia, Barzagli et Lichtsteiner. La première tâche des juventini en phase défensive est de freiner l’adversaire. Cela est l’apanage des attaquants et des milieux. La Juventus n’attaque pas en se désordonnant, comme le ferait Chelsea. D’ailleurs, cela ne conviendrait pas à des joueurs comme Dybala ou Pjanic, plus à l’aise lorsqu’ils peuvent s’exprimer dans des contextes où ils peuvent véritablement prendre le contrôle du jeu. De cette façon, les lignes sont plus resserrées à la perte du ballon. Les conditions sont alors plus propices à freiner l’adversaire quand celui-ci reprend possession du cuir.

L’équipe d’Allegri presse et force l’adversaire à trouver des solutions plus élaborées pour progresser. Dans le cas du Real, il en trouvera forcément ; c’est peut-être la meilleure équipe du monde pour sortir d’un pressing. Une fois débarrassé de cette pression, les Merengues devront faire face à une équipe défendant proche de ses buts, à la différence du Barça ou de City. Ainsi, l’espace dans le dos des défenseurs centraux est réduit. Contrairement à l’erreur qu’a faite le PSG, Séville, ou la Real Sociedad au Bernabéu, la Juve fera tout pour empêcher les Madrilènes de mener à bien des contre-attaques. Si on les prive d’espace, cela aide. C’est d’ailleurs d’autant plus important face au Real, une équipe qui depuis le départ de Mourinho dispose de cet atout dans son arsenal.

Défendre sa surface, un plaisir

Jusque-là, rien de révolutionnaire. C’est même une question de bon-sens tactique que de tout faire afin de ne pas offrir d’espaces dépeuplés à Lucas Vázquez, Asensio, Gareth Bale ou Ronaldo. Encore faut-il être en conditions de le faire, ce qui n’est pas un problème du tout pour les Bianconeri. Progressant pas à pas jusqu’aux cages de Buffon, l’adversaire doit désormais s’atteler à démanteler la défense de surface de la Juve. Une tâche des plus complexes.

L’adversaire centre ? Soit le centre est fait dans de mauvaises conditions, soit le récepteur n’a pas d’espace à attaquer pour mettre en difficulté le défenseur, ou parfois les deux. Résultat, ce genre de ballons a toutes les chances de ne pas finir au fond des filets. Impuissant, le rival cherche un autre chemin. Il tente de créer des décalages devant la surface, de façon à mettre un des ses milieux en position de tir. Pourtant, cette filière du jeu est encore moins sujette au succès. Après avoir réussi le décalage, il faut que le tir ne soit ni contré par un milieu près de la surface, ni par un défenseur dans la surface, et enfin, il faut que le tir trompe Buffon. Autant dire que ce n’est pas gagné. Les Madrilènes vont devoir s’armer de patience et attaquer intelligemment, en créant des supériorités pour progresser. Dans ce rôle, Isco semble être le joueur idéal. Reste à savoir comment les hommes de Zidane vont réagir dans ce genre de situations. Ces derniers temps, c’est avec un jeu plus vertical qu’ils brillent. Cette saison, les défenses regroupées leur ont toujours posé problème, ce qui était moins le cas il y a un an, à ce stade de la compétition.

L’absence de Pjanic 

Il est vrai qu’outrepasser les troupes d’Allegri constitue un formidable casse-tête. Mais il n’a rien d’impossible. Comme toute équipe, la Juventus peut faillir. Il se peut qu’un élément déjoue et ouvre la voie à l’adversaire. Tottenham a par exemple marqué trois buts en deux matches contre elle. Une perte de balle au milieu, un pressing mal exécuté, et les hommes de Zidane se feront un plaisir de sanctionner l’erreur.

Au-delà d’éventuels errements défensifs aussi occasionnels que sommaires, la Juve va pâtir largement de l’absence de Pjanic. Sans lui, elle perd cette capacité de se protéger avec le ballon. Le Bosniaque permet aux siens de s’ordonner, de souffler un peu et ne pas toujours devoir défendre, et il constitue la base des attaques de son équipe. Sans son numéro 5, la Vieille Dame risque de se retrouver plus souvent acculée dans son camp de défense, orpheline de cette capacité qu’a le talentueux milieu à l’heure de ressortir la balle. Comparé à l’année passée, la Juve est moins forte dans ce secteur, la faute aux dépars de Bonucci et Alves, deux maîtres en possession du cuir.

Et cela peut faire tout la différence. À force de devoir défendre à répétition à coups de miracles, de tacles de dernière minute, de contres avec tous les parties du corps, les Turinois peuvent craquer. Il arrive un moment où une intervention manquée peut annuler dix réussites préalables. Un mauvais renvoi de prime abord anodin peut mener à ce qu’un certain Casemiro marque un but synonyme de 2-1 à Cardiff. Moins la Juve ressort le ballon proprement et s’accorde des temps de pause, plus ce genre de faits peut se répéter. Ajoutons que Buffon n’est plus à son meilleur niveau cette saison, et que lui aussi peut se montrer coupable d’une errance.

L’antidote de Madère

La Juve a beau être l’équipe protégeant le mieux sa surface du monde, elle a de quoi craindre Cristiano Ronaldo. Le Portugais est lui le meilleur joueur du monde dans ce coin du terrain. Ses innombrables buts en une touche de balle en attestent. Toujours là où il faut au moment opportun, il a déjà malmené les défenseurs turinois par le passé. À Cardiff, il avait marqué deux fois dans la surface, en se jouant de ses vis-à-vis. L’antidote face à ce genre de défenses, c’est lui. En plus d’être démentiel, CR7 peut compter sur Karim Benzema pour attirer des défenseurs, lui libérer des espaces et lui donner des ballons.

Il suffit d’un instant

Inférieure à Tottenham, la Juve s’est tout de même débrouillée pour éliminer les Anglais. Sur les deux matches, il lui aura suffit d’être meilleure pendant 20 minutes au total pour marquer quatre fois. Le talent de ses joueurs offensifs lui confère la possibilité de marquer à tout moment. Et si elle marque, ses ardeurs défensives s’en trouvent renforcées. A contrario, si elle devait se retrouver menée au score, tout se compliquerait pour elle. Cette équipe a de plus en plus de peine au fil des années à prendre le jeu à son compte au niveau européen. Elle n’arrive pas à gêner son adversaire considérablement avec son onze de départ. Les entrées de Cuadrado ou Douglas Costa, voire Lichtsteiner améliorent un peu la donne. En somme, les deux équipes ont régressé dans l’utilisation du ballon comparé à la saison passée.

Bien que le Real doive faire face à un adversaire qui lui convient peu, il dispose de deux avantages absolus : la qualité supérieure de ses joueurs et un Cristiano Ronaldo qui arrive comme d’habitude en grande forme en avril.

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