Lucas Vazquez, l’homme que l’on n’attendait pas

Viennent au cours d’une saison de football des hommes que l’on n’attendait pas, des joueurs qui nous ébahissent pour d’innombrables raisons. Des personnes qu’on négligeait mais qui se révéleront finalement de très bonnes surprises. Des jeunes joueurs qui nous étonnent parce qu’on ne présumait voir à un tel niveau. Lucas Vazquez est l’un d’entre eux.

lucas-vazquezC’est l’histoire d’un homme qui a dû partir pour mieux revenir, comme beaucoup de jeunes madrilènes d’ailleurs. Un joueur condamné à jouer les seconds couteaux, pour finalement jouer un rôle relativement important dans la conquête de la Undécima. Récit de celui qui faisait rimer obstination et passion.

Dès ses débuts avec le Castilla, Lucas Vazquez a été barré par la concurrence. À 14 ans, au cours d’un tournoi à Majorque, les scouts du centre de formation du Real sont épris d’admiration pour le gamin de Curtis. « Il faut le signer tout de suite » disent-ils à Sergio Piña, alors tacticien du Real Madrid C. Le problème est qu’à cette époque, le jeune espagnol évolue au poste d’attaquant et sera barré par la concurrence. Il quitta sa ville natale pour rejoindre le centre de formation du Real Madrid. Forcément, ça fait rêver, ça dépayse. Mais rien n’est encore gagné quand on connaît l’exigence de l’équipe professionnelle du Real Madrid. Donc, il patiente, il travaille. Demain c’est loin.

Manolo Diaz, l’un de ses entraîneurs de l’époque le repositionnera finalement au poste d’ailier droit, qu’il connaît bien désormais. Sergio Piña dira « qu’il était très technique et rapide mais qu’il devait comprendre l’importance de défendre« . Et son ancien entraîneur du Real Madrid C peut dormir sur ses deux oreilles, Lucas Vazquez l’a très bien saisi.

Partir pour mieux revenir

Avant de devenir la surprise de la saison merengue, le jeune futur international espagnol signe à l’Espanyol. Comme énormément de jeunes madrilènes, L.Vazquez doit faire ses armes ailleurs pour ensuite avoir une chance de revenir. De par toute son exigence et sa politique, le Real Madrid est pressé, il n’a pas le temps de donner beaucoup d’importance à ses jeunes. Alors certes, il en donne de plus en plus, en témoigne l’importance accrue des canteranos dans l’effectif, mais ce n’est pas l’objectif principal. Entre une star recrutée des millions d’euros et un bon jeune du centre de formation, la direction merengue a très vite fait son choix mais apprend de plus en plus de ses erreurs. Enfin dira-t-on.

Avec les bons conseils de son ancien coéquipier Alex Fernandez, Lucas Vazquez signe à l’Espanyol lors de l’été 2014. Un bon choix pour les deux parties, sachant aussi que l’Espanyol vit dans l’ombre de ses ennemis blaugranas et piochent souvent dans le centre de formation madrilène. À l’image d’un José Callejon, le natif de la Corogne a dû partir à l’Espanyol de Barcelone pour revenir à Madrid. Auteur d’une bonne saison en Liga, nommé d’ailleurs « révélation de l’année », Luqui revient après que le Real Madrid de Rafa Benitez a levé sa clause de rachat de 2 millions d’euros. Somme anecdotique quand on voit la belle saison dont le nouveau joueur de la Roja nous a gratifié. Marco Asensio suit d’ailleurs ses pas.

Douzième homme

« Lucas, c’est la victoire de la persévérance et de l’effort » a déclaré Sergio Piña à son sujet. Et nous ne pouvons que confirmer ses propos. Durant sa première saison au très haut niveau, Lucas Vazquez a étonné, surpris ; il s’est révélé. Rafa Benitez puis Zinédine Zidane ont appris des erreurs de Carlo Ancelotti, ils ont fait tourner et participer tous les joueurs. Ils les ont impliqués dans le groupe, pour qu’ils se sentent importants. Et Lucas Vazquez est rapidement devenu le remplaçant le plus utilisé, devançant même des stars aux noms clinquants.

tumblr_o07fh7F7P21qgyp45o1_540Lucas Vazquez n’est pas le jeune crack qui affole toute l’Europe, certes. Mais c’est le joueur dont tous les entraîneurs rêvent car il joue pour des valeurs nobles en cohérence parfaite avec le madridismo. Vazquez est l’incarnation de l’abnégation et fait partie de ces joueurs très importants dans un groupe. Il sait qu’il ne jouera à priori pas énormément, mais se donnera toujours comme si sa vie en dépendait. Finalement, c’est devenu l’une des belles sensations de la saison et a joué beaucoup plus qu’il n’espérait, et que l’on pensait.

Mais il serait très réducteur de penser que Lucas V est juste un joueur endurant. Au contraire, c’est un bon joueur, doué techniquement, avec une belle qualité de dribble et une bonne vision du jeu. Il sait jouer avec son cerveau et prendre de bonnes décisions sur son côté. Dans un effectif comme celui du Real Madrid où rares sont les provocateurs, il fait beaucoup de bien, notamment en fin de match grâce à sa vivacité et sa fraîcheur. Au-delà de ses qualités physiques et techniques, Lucas Vazquez a du caractère et beaucoup de mental. En effet, c’est un jeune qui prend des risques, qui ose. Et c’est très paradoxal quand on sait à quel point les jambes d’un jeune joueur, notamment dans un grand club, peuvent trembler face à la pression.

« Il est extrêmement agile lors de ses débordements et il est aussi bon des deux pieds. Il a aussi un gros caractère et peut se montrer effronté » déclare Manolo Diaz Diaz à propos de Lucas Vazquez

Le numéro 18 madridista ne tremble pas. Que ce soit face à la pression ou face à ses limites physiques, L.Vazquez est né pour souffrir. Grâce à « son énorme capacité à souffrir malgré son poste offensif« , il nous a plu et nous a tous mis d’accord, malgré nos possibles réticences du début de saison. Il a même remplacé Cristiano Ronaldo quand le Portugais était forfait, et nous a étonné par son endurance physique (des dizaines de kms parcourus, notamment contre Paris et le Rayo).

vazquez

« Certains d’entre nous ne pouvaient pas regarder, d’autres même pas marcher. Et cet enfoiré va tirer son pénalty comme un enfant dans un amical » , raconte un joueur durant les tirs au but.

Et quand il aurait pu trembler, Lucas V s’est distingué par tout son calme. En effet, nous sommes durant les tirs au but de la finale de la Ligue des Champions contre l’Atlético de Madrid. Les joueurs madrilènes sont cuits physiquement, et peinent à survivre durant le match. Il n’a pas fait le meilleur match de sa carrière, certes, mais Lucas Vazquez veut oser, veut prendre des risques. Il veut marquer sa légende, malgré toute son inexpérience. « Je veux être important » aurait-il lancé, avant de s’élancer.

En une image, Vazquez nous a montré toute la voracité qui se dégageait de son football et toute l’abnégation émanant de sa passion. C’est un type tellement passionné qu’il veut se sentir important et aider son peuple. On dit souvent que « si la tête suit, le corps aussi« . Lucas Vazquez a quelque chose d’encore plus important, il a du cœur. Beaucoup de cœur.

CjofMsoWgAEU77HDans une atmosphère irrespirable, au moment de rencontrer Oblak, il respira avec la sincérité de son madridismo, et non avec ses poumons. L.Vazquez ira finalement tromper le gardien colchonero à contre pied et guidera les siens du haut de ses 24 ans. Les joueurs estiment que ce premier penalty transformé toute en confiance a galvanisé l’équipe. De plus, toute la passion jaillissant de sa célébration a rendu les supporters complètement fous, les ont réveillés et motivés. La suite, c’est l’Histoire.

« Gagner notre onzième Coupe d’Europe est quelque chose d’indescriptible. Nous sommes très contents et notre travail durant cette saison a été récompensé » Lucas Vazquez pour beIn Sports

« Le ciel n’a pas de limite » , les rêves non plus. Devant un Santiago Bernabeu rendant hommage à son canterano, Lucas Vazquez le sait, et l’affirme. Il en est la preuve. À Madrid, on court derrière ses objectifs et on met tout en œuvre pour y arriver. Au cours de son histoire, le Real a perdu, mais n’a jamais cessé de chercher la réussite qu’il fallait bien qu’elle leur sourit quand l’espoir se faisait de plus en plus rare.  Il existe des objectifs bien plus fous dans une vie, on les appelle les rêves. Dans la capitale espagnole, c’est la Ligue des Champions. Et peu importe ce que le destin nous réservera et peu importe ce que la vie nous fera endurer, el Madrid nunca se rinde. Lucas Vazquez, non plus.

Oscar Wilde disait qu’ « il est important d’avoir des rêves assez grands pour ne jamais les perdre de vue quand on les poursuit » . Le jeune espagnol l’a bien compris, et c’est comme cela qu’il est en train de les réaliser. Grâce à un espoir sans faille et son audace, il est même devenu international. Lucas Vazquez, c’est l’histoire d’un mec qui n’a jamais été sous les feux des projecteurs, et c’est sûrement sa plus grande force. C’est le récit d’un personnage que l’on pensait secondaire dans une pièce de théâtre, mais qui est en fait l’un des protagonistes déterminants de la dramaturgie qu’est la Undécima. L’histoire d’un joueur qui est à ce niveau grâce à tout ce qu’il y a de plus noble et sincère chez lui. Lucas Vazquez n’est pas le joueur le plus clinquant, certes, mais il ne cessera jamais de se battre pour les siens.

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