Le temps de la mélancolie est venu

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AFP PHOTO / BENJAMIN CREMEL

La réalité est parfois dure à croire. Cristiano Ronaldo n’est plus un joueur du Real, et on ne peut pas faire semblant d’être indifférent.

C’est la fin d’une ère, Cristiano Ronaldo s’en est allé. Dire au revoir à Cristiano, ce n’est pas seulement faire ses adieux au meilleur buteur de l’histoire du club. Ce n’est pas non plus uniquement se départir d’un des plus grands de l’histoire de ce sport. Se séparer de Cristiano Ronaldo, c’est aussi dire au revoir à une partie de nous-mêmes. Cette partie qui, pendant neuf ans, a vécu avec un Real dont Ronaldo était l’alpha et l’omega sur le terrain. La manière de défendre dépendait de lui, la manière d’attaquer encore plus. Pendant neuf années, le Portugais a accompagné les vies des supporters du Real… et de ses détracteurs.

Pendant ces années, certains sont devenus parents, d’autres ont eu leur premier travail, connu des licenciements, aimé plus que de raison, souffert et été heureux ; en règle générale, beaucoup changé en tant que personnes. Durant ce temps-là, une constante rassurante, une certitude inébranlable : Cristiano Ronaldo jouait au Real Madrid. Et jouait bien, qui plus est. Sous nos yeux, l’histoire s’écrivait triomphante, au gré des buts d’un géant en pleine bourre. Elle s’arrêtait une fois par année en été, avant de reprendre son cours infernal, fait d’épopées plus impensable les unes que les autres. Le déclin, la fin, ne venait jamais. Jusqu’à aujourd’hui, 10 juillet. Cristiano ne marquera pas de 451e but en 439 matches.

Pérez-Ronaldo, fin des pourparlers

Durant cette quasi-décennie, l’un a fait a fait gagner l’autre, et vice-versa. Les deux se devaient beaucoup, alors, pour régler une dette permanente, ils avaient trouvé une formule : Ronaldo devait continuer à être le meilleur, tandis que le Real devait continuer à lui témoigner son amour, admiration et soutien inconditionnels. Les trophées, ils en profiteraient tous les deux, comme une conjointe récompense. Mais voilà que le pacte a été brisé. Florentino Pérez estimait ne plus avoir besoin de dépenser de l’amour. On entend beaucoup parler d’argent, alors que ce n’est pas réellement le cœur du problème. Ce que le Portugais a toujours voulu, c’est se sentir choyé. L’argent était un équivalent d’affection, pas une fin en soi. Même si personne ne niera que CR7 veut à tout prix être le meilleur en tout, ce qui couvre également le salaire, dans l’idéal. Toujours est-il que la cause de son départ est liée à cette idée d’amour inconditionnel.

Quelque chose avait changé. Florentino Pérez invoquait le nom de Neymar. Pourquoi un tel intérêt, quand on a le meilleur dans son équipe ? Ronaldo, force des terrains, et Pérez, force des bureaux, cultivaient une relation lacérée par des différents provenant de temps passés. Le jour où Florentino a fait son retour à la tête du vaisseau madrilène, il apprit que son prédécesseur et ennemi, Ramón Calderón avait déjà signé Ronaldo. Pérez voyait ce transfert d’un mauvais oeil. D’un, beaucoup trop cher, de deux, ce n’était pas une venue dépendante de sa volonté. La relation entre le président et le joueur commençait déjà sur des bases douteuses, avant même que l’attaquant ait foulé le sol de la capitale espagnole. «  Tu veux partir ? Alors amène-moi les 1000 millions qui me permettront d’acheter Messi », avait lancé une fois celui qui manie les ficelles de la Casa Blanca, quelques années plus tard. N’avait-on pas idée de lancer pareil affront à son meilleur joueur ?

Contrairement aux années passées, la donne n’était plus la même en ce juillet 2018. Si Ronaldo voulait partir, qu’il parte. Florentino savait qu’il n’avait plus autant besoin de lui. La Ligue des Champions était liée au nom du club depuis et pour un bon bout de temps, son aura plus grande que jamais, et quiconque tuerait pour jouer sous le maillot blanc. Pendant ce temps, les unités s’ajoutaient à l’âge de CR7, alors que son rendement était surtout mirifique de mars à juin. Le Real pourrait se remettre de son pliage de bagages, la nécessité de céder au chantage de sa star, c’était fini. Le gestionnaire implacable résidant en Florentino Pérez avait fait son choix. Rappelons-le, quand il ne s’adonne pas à son Real, cet homme occupe ses journées interminables à gérer une société qui construit des ponts, des routes et des métros. Pérez l’ingénieur fait dans le football comme dans la construction, c’est-à-dire avec un cœur en béton.

Être supporter, c’est éprouver

Mais les supporters, eux, n’ont pas des sentiments si imperméables. Pourquoi faut-il faire ce que l’économie préconise ? L’amour ne peut-il pas présider un club de football ? Encore une légende qui s’en va par la petite porte. Ce n’est pas correct. Les joueurs marquent la vie des fans à tel point que les larmes parfois coulent, et on est forcé de s’en détacher avec moins d’égards qu’on quitte ses camarades en fin d’année. Partir de chez ses parents, de son travail, de chez un inconnu, et le faire autour d’un repas, d’une étreinte prolongée, ou au moins d’une poignée de main emplie d’émotions. À contrario, s’en aller du club de sa vie, et être gratifié d’un simple communiqué.

Vient la tentation de le penser malheureux dans le froid de Turin, dans ce petit stade, loin de son Portugal natal. Imaginer l’être aimé épanoui au bras d’une autre (une vieille dame en plus, repoussant), c’est trop dur. Pourtant, un effort est souhaitable. Au fond, on sait que Ronaldo aime le Real, et ce pour l’éternité. Ensemble, ils ont changé le monde. Celui du football, celui des Madridistas, et le leur aussi. Au fond, on sait qu’il aurait voulu rester, s’il s’était senti désiré. Il voulait même se retirer à 41 ans, sous le maillot merengue. Si on sait tout ça, on peut être plus tranquille.

Quand le supporter prend un péremptoire pour affirmer avec détachement que le Real continuera de tourner avec ou sans Ronaldo, est-il ingrat, se prend-il pour un président de club ou alors vit-il son deuil à une vitesse fulgurante ? Oui, oui, c’est vrai, le Real continuera de vivre, mais prenons le temps d’être tristes et mélancoliques, un jour au moins. Être habité par le passé, c’est le propre des humains qui se sont accordé le droit de sentir, d’éprouver des choses.

Cristiano, merci pour tout et à bientôt. SIUUUU !!!!

Par Elias

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