Rénovation du Santiago Bernabéu : un nouveau moteur économique, mais à quel prix ?

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Photo realmadrid.com

Approuvée définitivement en fin d’année dernière, la rénovation du Santiago Bernabéu, qui devrait s’achever d’ici 2022, sera pour le club merengue bien plus qu’un simple lifting de sa mythique enceinte.

En l’occurrence, Florentino Perez entend grâce à elle doubler les revenus dits « matchday » actuels, et en faire l’arme numéro 1 du club dans la course au milliard d’euros de recettes. Pourtant, chez les socios, le coût pharaonique d’un tel projet, et surtout l’endettement qu’il va provoquer, laissent songeur. Décryptage.

Le Bernabéu, une enceinte qui rapporte déjà gros aux Merengues

Si le Real est depuis des années classé comme numéro un sur le plan économique (avec des recettes dépassant désormais les 750M€ annuels), c’est en partie grâce à des revenus matchdays inégalés en Europe.

Le club a ainsi enregistré des recettes matchday – comprenant billetterie, hospitalités, abonnements socios et restauration – de 155M€ lors de l’exercice 2018/19, ce qui constitue 21% de son chiffre d’affaires annuel, évalué quant à lui à 740.3M€ par le club lors du dernier exercice (source : KPMG Football Benchmark).

Hormis le FC Barcelone et ses quelques 145M€ de recettes dans le même domaine, aucun autre club ne parvient à dépasser la barre des 110M€ en termes de revenus matchday. Une très belle performance côté madrilène donc, largement expliquée par des une forte montée des prix (le prix minimum d’une place est généralement de 30€ ; le prix moyen se situe aux alentours des 90€), et par les quelques 4753 sièges des espaces hospitalités et VIP, qui génèrent à eux seul environ 30M€ par saison (soit 20% des recettes matchday).

Un Bernabéu 2.0 … qui doit doubler les chiffres actuels

Mais malgré les performances très satisfaisantes de l’enceinte madrilène, Florentino Perez voit plus grand. Il déclarait ainsi lors de la présentation finale du projet, que le lifting du Bernabéu lui permettrait de générer 150M€ de recettes supplémentaires, portant ainsi les revenus issus de l’exploitation du stade à quelques 300M€. Ce qui ferait alors de l’antre merengue le principal moteur économique du club, au même titre que les revenus commerciaux (estimés à environ 300M€ eux aussi), et surtout devant les revenus issus des droits TV, qui étaient de 261M€ sur le dernier exercice d’après le cabinet d’audit KPMG.

Ces 150M€ supplémentaires verraient le jour grâce à plusieurs projets :

 Musée et Tour Bernabeu : 25 millions d’euros par an.
 Nouveau musée interactif : 15 millions d’euros par an.
 Evénements : 15 millions d’euros par an.
 E-sports : 5 millions d’euros par an.
 E-commerce : 25 millions d’euros par an.
 Double enceinte : 25 millions d’euros par an.
 Restauration : 20 millions d’euros par an.
 Flagship store Real Madrid : 22 millions d’euros par an.

L’ouverture de nouveaux espaces VIP (dont une partie en rooftop, avec vue sur les beaux quartiers de Madrid … avec un prix qui sera donc sensiblement plus élevé que ce qui se fait déjà en matière d’hospitalités), ainsi qu’un éventuel contrat de naming (même si David Hopkinson, Directeur Sponsoring Global du club, y serait plutôt opposé pour préserver la puissance de la marque Real Madrid), viendraient quant à eux bonifier encore un peu plus ces estimations.

Un coût démesuré … et un endettement sur 30 ans

Il est vrai que le projet a tout pour plaire. Oui, mais voilà, celui-ci a un coût, et pas des moindres : la rénovation coûtera au club merengue quelques 575 millions d’euros, auxquels s’ajouteront 237 millions d’intérêts en vue du prêt bancaire que le club a contracté auprès d’institutions bancaires telles que JP Morgan, Bank of America Merrill Lynch, ainsi que Santander et la Société Générale. Un coût total excédent les 800 millions d’euros donc, que le Real devra rembourser annuellement de 2023 à 2049 à hauteur de 29,5M€.

Un montage financier que Florentino Perez présente comme parfaitement ficelé, puisqu’il permet au Real de ne commencer à rembourser qu’en 2023, et qui ne posera pas de problème à un club générant désormais plus de 700M€ annuels (et qui pourra d’ici-là compter sur une enceinte capable d’en générer 300 à elle seule). Mais qui ne passe pas forcément chez une partie des socios.

D’une part, la plupart furent surpris de voir que de 300 millions, puis 500, le coût réel de la rénovation est finalement passé à 800 millions d’euros ; certains accusant même le président merengue de sous-estimer le coût réel du projet.

D’autre part, beaucoup s’interrogent sur l’utilité d’une rénovation si coûteuse : quand on pense que le prix d’un stade entier varie généralement entre 350 millions (Allianz Arena) et 1 milliard d’euros (Spurs Stadium), 800M€ pour une rénovation, aussi poussée soit-elle, est un chiffre qui a étonné plus d’un socio madrilène.

Par ailleurs, bien que le paiement annuel ne doive pas poser de problème au club, le mot « endettement » n’est pourtant pas sans rappeler de mauvais souvenir aux socios actionnaires, qui ont connu à la fin des années 1990 / début des années 2000 un Real Madrid fortement endetté au bilan déficitaire d’exercice en exercice … avant qu’un certain Florentino Perez parvienne à redresser les finances du club.

La rénovation est-elle vraiment bénéfique pour le public madridista ?

Si sur le plan économique le projet semble apporter de solides garanties, qu’en est-il de sa portée d’un point de vue social, en particulier en ce qui concerne la capacité du Bernabéu à se remplir, et à permettre aux joueurs du plus grand club au monde d’être soutenus par un public et une ambiance à leur hauteur ?

Car avant de penser à générer des recettes matchday supplémentaires, le Real doit d’abord se pencher sur le problème d’affluence qui sévit au Bernabéu. Alors que depuis le milieu des années 2000 l’affluence moyenne tournait généralement autour des 75.000 spectateurs, les dernières années ont vu ce chiffre tomber sous la barre des 70.000, allant même jusqu’à 60.000 la saison dernière.

Alors que certains expliquent ces baisses par la petite forme sportive de l’équipe, il est certain que l’inflation importante des prix des places touche aussi les supporters, particulièrement les plus modestes. Il suffit d’aller voir un match dans un bar de la capitale pour entendre des dizaines de madridistas vous dire qu’ils ont terriblement envie d’aller au stade donner de la voix pour leur équipe, mais qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens de dépenser 50€ de manière régulière pour rentrer au Bernabéu. Un élément que la direction madrilène ne semble cependant pas prendre en compte, misant sur le fait que la modernité et le confort du nouveau Bernabéu saura attirer les foules. À voir …

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