L’EDITO : “Mais que se passe t-il au Real ?”

Après une série record de 40 matchs sans défaites le Real est en chute libre depuis la reprise avec 3 de revers lors des dix derniers matchs. Alors que la Liga était acquise dans bon nombre de têtes supportrices, les madrilènes ont perdu leur leadership à domicile face à Las Palmas (3 - 3) après une nouvelle rencontre chaotique. 

Exit les sourires, place aux doutes. Si le Real s'était rassuré dans le jeu face à Naples le 15 Février dernier, il a chuté entre temps à Séville, Valence et joué de miracles à Villarreal et à domicile mercredi soir. Au delà des résultats plus que mitigés, le Real peine à rassurer tactiquement et semble totalement inoffensif. Seul l'âme propre à l'identité madridiste semble pouvoir permettre de renverser des situations dingues. Seulement, une saison ne peut se jouer à base de "remontadas" à chaque journée. Le Real se fait peur, le Real inquiète, et n'est plus aussi souverain que lors des saisons précédentes. Pire encore, les "merengues" semblent pouvoir être malmenés par n'importe quelle équipe à domicile. Retour sur les possibles explications de cette transformation soudaine, mais prévisible :

Zidane : si en 6 mois le génie de Zinédine a offert la Undecima au peuple madrilène, admettons que le facteur chance de ce dernier y est pour beaucoup. Malgré l'obtention du titre européen suprême l'an passé, ce Madrid là n'a jamais pratiqué un football léché au point de ravir les puristes du club sous son règne. S'il a également su apporter à l'équipe une cohésion qui fait la force actuelle du groupe, Zidane n'a pas franchement fait passer un cap tactique aux joueurs. Le caractère fort présent dans l'ADN de ceux qui revêtissent la tunique blanche est bien transmis par le technicien français et les retournements de situations nombreux cette saison en sont la preuve, mais malgré cette entente et cette cohésion parfaite entre le staff et les joueurs, le Real Madrid semble cruellement manquer de recours et de profondeur. En effet, si l'on observe les changements réalisés par le champion du monde 1998 lorsque les madrilènes sont menés, deux facteurs malheureux s'observent.

Premièrement, Zidane semble manquer de créativité. Malgré les joueurs polyvalents dont il dispose, l'ex-coach du Castilla manque de ressources et n'opère souvent que pour du poste pour poste. Enfin, ces derniers apparaissent trop tardivement. A la manière d'un Carlo Ancelotti, celui qui l'a assisté entre 2013 et 2014 jouit du même syndrome. Des remplacements bien trop tardifs sont opérés et ne permettent pas à l'équipe d'inverser la tendance plus rapidement.

Marcelo « Mi-ange-mi-démon »  : Offensivement, Marcelo n'a pas d'égal et le monde du foot le sait, l'entend et ne le conteste pas. Oui, mais défensivement Marcelo est l'inverse parfait de la personne citée précédemment et ça non plus ce n'est pas contestable. Si l'apport offensif du brésilien fait de lui l'un des meilleurs (si ce n'est le meilleur) à son poste, il n'en demeure pas moins vrai que le Real en pâtit grandement défensivement. Avec devant lui un CR7 qui ne défend déjà pratiquement pas, les montées incessantes (à bon escient) de Marcelo desservent à l'équilibre défensif et pénalisent les hommes de Zidane sur le repli.

La tactique : Le schéma Zidanesque ne prend pas forme et ne séduit pas. S'il a tenté des choses à des moments clés, Zidane s'est trompé par manque d'expérience et de connaissances. On peut être l'un des meilleurs joueurs de l'histoire, en paraître tactiquement parfait lorsque l'on est joueur et ne pas être aguerrit pour en retransmettre les notions. C'est ce dont semble manquer le héros de 2002. A Vigo, par exemple, le français a tenté un 3-5-2 surprenant mais enthousiasmant afin de remonter le 1 - 2 de l'aller. Oui, mais Zizou l'a fait de manière totalement déstructurée en "dézonant" la majeure partie du 11 sur le terrain. Une preuve supplémentaire des carences tactiques du technicien vérifiable sur bon nombre de matchs où le Real est mis à mal notamment dans le jeu sans ballon.

Joueurs hors de position. Danilo ailier, Isco à droite, Asensio ailier gauche, Casemiro en libéro, Nacho à gauche, S.Ramos latéral droit...

La méforme de CR7 : S'il marque toujours énormément (25 buts toutes compétitions confondues), Cristiano Ronaldo n'est plus aussi déterminant dans le jeu et semble même avoir perdu un brin de vitesse pure. Peut-être masquait-il avec ses nombreux buts la faiblesse technique qui se révèle désormais lorsque ceux-ci ne sont pas au rendez-vous ? Vaste débat qu'il n'est pas opportun d'ouvrir ici. En ce qui concerne le jeu, le constat est clair, CR7 n'est pas assez participatif au repli et crée un décalage tactique qui met à mal la défense du Real.  Son manque d'apport, qui peut paraître anodin au premier abord, est un véritable poids pour l'équilibre des lignes et permet aux adversaires de réaliser des incursions par des renversements de jeu non suivis trop facilement.

CR7 qui a tendance à se réaxer, délaisse son côté gauche qui en cas de renversement de jeu offensif délaisse Marcelo en 1 pour 2. Bale quant à lui comble parfaitement l'espace et les zones de passes potentielles. 

Une BBC en panne : Divers éléments viennent expliquer ce manque de jus et de connexion sur le front de l'attaque madrilène. L'absence de Bale tout d'abord, qui revient à peine de blessure, a déconnecté un trio exceptionnel ces deux dernières saisons. Un Benzema en manque de réussite (5 buts en Liga jusqu'ici) et un Cristiano moins efficace montrent un manque clair d'impact offensif. Depuis Septembre, le Real ne punit presque plus ses adversaires à domicile comme il en était coutume les autres années avec quelques manitas cinglantes. A ce stade de la saison, les 3 hommes forts en sont à 28 buts contre 54 la saison passée à la même date.

Un milieu essouflé : Et si le Real était Casemiro-dépendant ? Sans le Brésilien ou lors de mauvaises actuations, le Real Madrid n'est plus le même et concède quasiment systématiquement la possession à son adversaire. Sa récupération, son abnégation, sa capacité à ressortir le ballon ainsi que son placement s'améliorent de matchs en matchs. L'ancien joueur du Castilla évolue chaque saison et est devenu un élément incontournable de l'effectif. Problème : Il est le seul vrai milieu récupérateur de celui-ci. C'est en ce sens que Florentino Pérez souhaiterait récupérer Marcos Llorente, actuellement en prêt à Alavés. Alors si vous ajoutez un Modric d'une irrégularité rare et un Kroos en froid avec les bonnes performances (excepté Naples) en 2017, vous obtenez un milieu de terrain qui commence à ressentir la Coupe du Monde des clubs et pique du nez en ce premier trimestre.

Un S.Ramos limite pénalisant ? : Le capitaine courage aime les "remontadas" et en est à l'origine de nombreuses cette saison. Imbroglio, au delà de ses buts, S.Ramos vit certainement une de ses saisons les plus décevantes au niveau personnel. Dépassé très (trop ?) souvent et toujours (c'est son problème depuis des lustres) autant approximatif dans son alignement, "Cuqui" est presque un poison pour la défense du Real. En effet, lorsque le sévillant de naissance est aligné cette saison, les madrilènes encaissent 5 fois plus de buts que lorsqu'il n'est pas là (21 contre 4). Une statistique hallucinante pour un joueur de son talent qui mériterait de relancer la hiérarchie sur le poste. Avec un Pepe à 100%, un Varane aussi étincelant que jusqu'alors et un Nacho toujours aussi performant, le capitaine pourrait-il se poser des questions ?

Un Keylor Navas plus du tout souverain : La saison dernière, nous connaissions les difficultés jeu aux pieds du portier mais celles-ci se fondaient dans la masse d'arrêts incroyables et décisifs qu'il réalisait. Cette saison, Keylor n'est plus du tout aussi souverain. Ses performances en dents de scie pour ne pas dire régulièrement décevantes, relancent le débat de transferts au poste. Sur ce qu'il a montré en début de saison lors de la blessure du costaricien, Casilla mériterait, actuellement, amplement de garder les buts du Real. Aujourd'hui, Keylor Navas déçoit et n'est plus du tout assez décisif. Et même si sa saison dernière fut brillante, à Madrid sans constance la pitié et la reconnaissance n'éxistent pas. Alors s'il veut remettre la machine en route, KN serait inspiré de le faire rapidement car de nombreux concurrents se frottent les mains et tapent déjà à la porte de sa succession .

Jotha Perez Segui

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