Florentino Pérez, la fin du répit

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Photo Ahmad Mora – AFP

Pendant que Zidane occupait le banc madrilène, Florentino Pérez a connu une paix rare autour de sa personne. Désormais, il est de retour au cœur de la tourmente.

27 février 2015, le Bernabéu explose. Un gros mois après sa nomination, Zidane essuie une première défaite douloureuse en perdant le derby à domicile, 0-1. Pour des supporters qui ont dû subir trois mois plus tôt une humiliation à domicile face au Barça (0-4), cette nouvelle désillusion est celle de trop. À cela, il faut ajouter le départ d’Ancelotti, mal digéré tant par l’effectif que par les Madridistas, l’affaire De Gea, l’interdiction de recruter, et le licenciement de Benítez. Alors le Bernabéu siffle, chante « Florentino démission« , reproche au président du Real d’utiliser le club pour les affaires d’ACS, son entreprise de construction. La tension est particulièrement palpable au sein du Fondo Sur : la Grada Jovén continue de chanter pour encourager les siens, récoltant insultes et accusations d’être à la solde du président, car ce dernier leur paie une partie de l’abonnement. Ce soir-là, marque la dernière protestation publique contre Florentino Pérez. Depuis, les trois Ligues des Champions ont éteint toute critique. Jusqu’à aujourd’hui…

Zidane, c’était le club

L’un des arguments en faveur de l’arrivée de Julen Lopetegui à la tête du Real était sa connaissance du club. Formé au Castilla puis membre de la première équipe entre 1989 et 1991, il pourrait se servir de son expérience au sein de la Casa Blanca. Problème, avoir fait partie du club et avoir fait partie du club sous l’ère Florentino Pérez sont deux choses bien différentes. Avec Santiago Bernabéu, Florentino Pérez est le président dont l’autorité est la plus totale dans l’histoire du Real, un club que l’on pourrait qualifier actuellement de « présidentialiste ». Un aspect illustrant cette particularité est celui de la prise en charge de la politique sportive. Depuis le départ du Mou, il n’y a plus de directeur sportif. Florentino Pérez se charge de tout, avec l’aide de José Ángel Sánchez, le directeur général. « Le Real Madrid est la seule équipe du monde où le directeur sportif est un ingénieur qui travaille dans une entreprise de construction » tweetait récemment Ramón Calderón, ancien président du club et grand rival de Pérez.

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AFP PHOTO / PIERRE-PHILIPPE MARCOU

Familier avec ces rouages, Zidane possédait d’une connaissance et d’une compréhension du fonctionnement du Real supérieures à celles de tous ses prédécesseurs, en plus de bénéficier d’une relation très spéciale avec Pérez. La confiance de ce dernier à son égard était totale, un fait exceptionnel, Mourinho étant peut-être le seul autre dans ce cas. À titre d’exemples, ce sont les deux seuls à avoir pu imposer leurs choix durant les mercatos. Ce sont aussi ceux qui ont duré le plus longtemps sous la houlette de Flrontino. N’oublions pas que le dirigeant est un consommateur frénétique d’entraîneurs : 10 ont été licenciés par ses soins en 15 ans (avec Lopetegui ça fera 11).

Entre les deux hommes, le rapport de force était nul, en ceci qu’ils sont redevables : Florentino a permis à Zidane de jouer au Real, Zidane a permis de gagner la Ligue des Champions en 2002 validant la politique des Galactiques. Plus récemment, Florentino a permis à Zidane de devenir entraîneur du club, en retour, Zidane a gagné trois LDC, permettant à Florentino d’égaler Santiago Bernabéu au rang des présidents ayant gagné le plus de titres européens. Alors forcément, quand Lopetegui arrive, le rapport de force bascule tout à coup.

Lopetegui, un homme endetté

Lorsque Lopetegui reçoit l’appel du Real au mois de juin, c’est une chance inespérée dans sa carrière. La dernière proposition sérieuse émise par un club pour s’attacher ses services provenait de Wolverhampton, alors en D2 anglaise. Surtout, c’était une offre liée à la forte implication de son agent Jorge Mendes au sein du club anglais. Deux ans plus tard, Florentino Pérez lui donne une chance inespérée de relancer sa carrière en club, indépendamment de l’issue de l’Espagne à la Coupe du Monde. Le technicien basque accuse une dette symbolique envers son nouveau chef. D’autant que Pérez use de ses relations dans le monde de l’avocature pour aider le futur ex-entraîneur du Real à se protéger des ires du président de la Fédération espagnole, pas près de lui pardonner son départ.

Les bases du contrat relationnel sont établies : le président dirigera, l’entraîneur acquiescera et dira merci. Alors, quand le míster  demande des renforts en défense, on lui rétorque que Vallejo c’est suffisant. Même discours du club avec le départ de Kovavic, et à plus forte raison avec celui de Cristiano Ronaldo. « De quoi se plaint Lopetegui alors qu’il a Bale et Benzema sous ses ordres ? », envoie la direction à titre de message. Bale et Benzema, les deux joueurs auxquels Pérez est le plus attaché depuis son retour à la présidence. Intouchables malgré le mécontentement de l’entier du madridismo à leur égard, ils font partie du patrimoine florentiniste.

Lopetegui est coincé car Pérez est inflexible. Il n’accédera en rien à ses demandes. La trésorerie du club a beau être pleine à craquer, ce sera Neymar, Mbappé ou il faudra se contenter de Mariano. L’entraîneur n’est au final qu’un employé. S’il n’est pas content, il peut toujours partir. Et comme il n’a nulle part où aller… En bref, Pérez est plus souverain que Jupiter lui-même. Ce dernier a d’ailleurs toujours préféré les entraîneurs dociles, peut enclin à la rébellion. Le dernier débauché fait partie de cette catégorie. L’exception, c’est bien sûr Mourinho, à une époque où Florentino savait qu’il faudrait déroger à ses principes pour venir à bout du Barça. Pellegrini, Ancelotti, Benítez, ils ont tous dû s’écraser devant la figure suprême de l’autorité au sein de la Maison Blanche. Ils ont d’ailleurs tous trois été remerciés avant la fin de leur contrat. Le seul entraîneur à ne pas avoir été viré  sous Florentino ? Zidane. Décidément, le Français est spécial !

Pérez est exposé

Alors que l’expérience Lopetegui est un échec, il convient de trouver son successeur. Encore une fois, le peu de profils intéressants sur le marché mettent Pérez dans une situation compliquée. Celle-ci s’empire car cette fois, c’est directement sa personne qui est dans ligne de mire des supporters. Pas question de mettre la faute uniquement sur le débarqué Lopetegui et les joueurs comme à chaque licenciement de coach ! Faire de Conte le nouveau Benítez sous prétexte que les joueurs se sont trop relâchés, cela ne fonctionnera pas. Le risque de dynamiter le vestiaire est total. « Le respect se gagne, il ne s’impose pas. La gestion du vestiaire est plus importante que les connaissances d’un entraîneur » a lâché Sergio Ramos au sujet de l’ex-entraîneur de Chelsea, un nom que le club laisse volontairement filtrer, afin de faire comprendre aux joueurs leur part de responsabilité. Autre solution, nommer Guti ou Solari, des anciens de la maison ? Aucun des deux n’a l’aura de Zidane. Le miracle ne prendra pas deux fois.

La réalité frappe de plein fouet, tant par sa dureté que par le manque de perspectives d’avenir réjouissantes. La saison portera le stigmate de la gestion de son président, c’est acté. Le madridismo revit les souvenirs datant des années 2000, lors de la fin de règne de Pérez. Si la controverse à son encontre s’est apaisée ces dernières années en raison du bilan européen exceptionnel, il a suffi de deux mois pour que toutes ses erreurs passées et présentes ne ressurgissent dans le débat public. Gagner pléthore de titres, résister aux critiques et se faire reprendre par la patrouille de l’opinion souveraine du peuple merengue pour une erreur de planification sportive évitable, c’est fâcheux. Florentino Pérez tardera un transfert hecto-millionnaire à s’en remettre.

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