La Grada Fans a-t-elle vraiment un avenir au Bernabéu ?

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Créée par le club courant 2014, puis progressivement installée à l’ancienne localisation des Ultras Sur, la Grada Fans était alors présentée comme un groupe d’animation non-violent et apolitique, capable d’apporter la ferveur d’un groupe ultra et d’assurer l’atmosphère si particulière qui doit régner au Bernabéu lors des grands rendez-vous.

Pourtant, 5 ans après, le rendu est plus que mitigé.

La Grada Fans, ou la solution au problème Ultras Sur

Originellement, la mise en place de la Grada Fans est intrinsèquement liée à l’expulsion des Ultras Sur, groupe ultra historique du club créé en 1980, écarté par Florentino Perez suite à des faits de violence répétés et la présence bien trop régulière de symboles nationalistes dans la tribune sud du Bernabéu – la dernière en date, lors de la réception de l’Atletico Madrid en octobre 2013.

Mais se séparer de son seul groupe ultra signifiait aussi faire une croix sur la principale source d’animation d’un stade bien souvent silencieux lors des matchs de championnat. Comme le FC Barcelone 10 ans plus tôt avec l’expulsion des Boixos Noi du Camp Nou, le club a alors pris la décision de former son propre groupe d’animation, la Grada Joven, qui sera par la suite renommée Grada Fans.

Après avoir un temps été placée dans le dernier anfiteatro du Fondo Sur, elle sera finalement chargée d’animer depuis l’arrière du but, sur les quelques 2000 localités autrefois occupées par les Ultras Sur, dont 500 de ces derniers ont vu leur abonnement être retiré par le club. N’empêchant cependant pas certains d’entre eux, dont leur ancien leader historique José Luis Ochaita, d’être aujourd’hui membre de la Grada Fans.

Supporter son équipe avec ferveur : un choix… ou une obligation ?

Tout comme les anciens ultras, la Grada Fans est uniquement composée de socios abonnés. A la différence que ceux-ci sont largement incités à animer par la direction madrilène.

En effet, le club cherche à attirer des membres en offrant à ceux qui s’enrôlent dans le groupe d’animation une remise de 50% sur le prix de leur abonnement annuel. Leur valant ainsi d’être régulièrement traités de supporters payés pour animer l’équipe par certains.

Faire partie de la Grada Fans, c’est aussi être obligé de venir au stade vêtu de blanc (ce qui semble donner davantage un aspect de fanfare que de club de supporters), de chanter continuellement les mêmes chants quel que soit l’adversaire – chants souvent copiés sur ceux des Ultras Sur ou ceux des barras bravas sud-américaines – et ce, sans pouvoir faire de pause. Oui, vous avez bien lu : lorsqu’on est dans la Grada Fans et qu’on s’arrête de chanter pendant un certain laps de temps, on se fait réprimander par les officiers de police privée de Prosegur, postés tout autour de la zone d’animation, et veillant à ce que le volume sonore soit conforme aux exigences attendues. Et bien entendu, toute forme de contestation envers le club ou l’équipe est prohibée. Comme lorsque qu’un membre de la direction madrilène avait rencontré 2 des leaders de la Grada Fans pour les dissuader de siffler Sergio Ramos, pris pour cible après la débâcle au Camp Nou en octobre 2018 et des propos d’après-match indignes, selon eux, d’un capitaine.

Des normes qui restreignent fortement les libertés des membres, et forcément, laissent songeur.

Un « mur blanc » encore loin d’être à la hauteur du prestige du club

L’ambition du club, d’après les explications de plusieurs dirigeants, est que la Grada Fans devienne à terme un véritable « mur blanc », en référence au célèbre mur jaune du Borussia Dortmund, reconnu à travers le monde pour la ferveur avec laquelle il supporte le club de la Rhür. 5 ans après sa création, la comparaison serait pourtant risible, tant il y a du travail du côté du Fondo Sur madrilène.

Tout d’abord, si la Grada Fans ne représente qu’un dixième de la Südtribune, elle a la fâcheuse habitude de ne pas remplir les 2000 sièges qui lui sont attribués pour les matchs de championnat ; des trous de plusieurs dizaines de personnes étant régulièrement visibles à la TV.

Ensuite, si plusieurs socios interrogés nous confient que la nouvelle tribune anime plus que les US, cette animation paraît cependant très superficielle par rapport à leurs prédécesseurs, tant les chants sont lancés et exécutés de manière machinale, et sont souvent calqués sur les anciens chants des Ultras Sur : « Illa Illa Illa, Juanito maravilla » à la 7ème minute, le « Somos los ultras » transformé en « Somos los hinchas », etc.

Enfin, les tifos proposés par la Grada Fans laissent bien trop souvent à désirer, étant souvent plus petits que ceux aperçus quelques années auparavant à l’occasion des grands matchs (comme lorsqu’un écusson géant du Real recouvrait l’entièreté du Fondo Sur pour la réception du FC Barcelone en Champions League en mars 2011), et systématiquement pré-imprimés et financés par le club, là où leurs homologues européens sont faits mains et financés par les groupes de supporters eux-mêmes.

Quelle solution pour l’avenir ?

Alors forcément, des interrogations quant à l’avenir de cette tribune d’animation se posent. Encore l’année dernière, lors de l’assemblée annuelle des socios compromisarios, un des intervenants s’indignait auprès de Florentino Perez que la Grada Fans, par son système de règles assez atypique et ses tifos de plus en plus médiocres, tant ils n’étaient pas à la hauteur d’un événement tel qu’un Clásico ou une demie-finale de Champions League, ne pouvait plus perdurer.

Alors que doit faire le board madrilène pour le club ait de nouveau un virage à la hauteur de son prestige ?

Il semble tout d’abord nécessaire de retrouver un groupe de supporter avec une véritable mentalité ultra. Si un retour des Ùltras Sur n’est pas envisageable tant que Florentino Perez sera aux commandes du club, et ne sera pas forcément bénéfique sur tous les plans tant leur violence et leur idéologie politique peuvent poser problème, la création d’un mouvement ultra globalisé et apolitique peut s’avérer être une solution, à l’image de ce qui a été mis en place récemment au PSG. Après avoir connu une situation similaire suite au plan Leproux qui, en 2010, expulse les groupes ultras des virages Auteuil et Boulogne pour faits de violence à répétition, plusieurs des groupes de supporters se sont unis sous le mouvement Collectif Ultras Paris (ou CUP), qui après plusieurs mois de négociation avec le club, voit son accès au Parc des Princes de nouveau autorisé à partir de la saison 2017/18. Ce nouveau groupe a depuis su faire ses preuves, capable de créer une atmosphère intimidante lors des grands matchs à domicile du PSG (réceptions du Real, du Bayern Munich, et de Liverpool en 2018 notamment), tout en assurant une présence sans faille à l’extérieur (les ultras parisiens ont encore une fois été les plus bruyants lors de leur déplacement au Bernabéu mardi dernier).

Le potentiel pour créer un collectif de ce genre ne manquerait pas à Madrid, lorsqu’on voit, depuis quelques années, la ferveur déployée par des milliers de madridistas regroupés en masse dans la Calle Marceliano Santamaría pour la réception du bus des joueurs, quelques heures avant les matchs décisifs des Merengues.

Seulement, la politique sociale du board madrilène, allant tout sauf dans le sens de tribunes populaires auxquelles la classe moyenne aurait accès, ainsi que l’importante répression des instances de la Liga envers les mouvements ultra, semblent encore barrer la route au renouveau d’un supporterisme libre et passionné dans le Fondo Sur du Santiago Bernabéu.

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