Pourquoi le Real va si mal ?

Après 4 années ultra prolifiques, le Real Madrid semble connaître un véritable coup de moins bien cette saison. Alors que l’enthousiasme planait à la fin août suite aux performances notables en supercoupes, cinq mois plus tard, la crise semble toucher l’équipe. Real France tente de revenir sur les raisons qui peuvent expliquer les différences entre le Madrid de Zidane du premier jour à celui qui sombre actuellement. 

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AFP PHOTO / PIERRE-PHILIPPE MARCOU

Une victoire lors des quatre derniers matchs ! Voilà le bilan néfaste rendu par le Real Madrid depuis la fin décembre. En manque d’idées, les hommes de Zidane peinent à proposer du jeu et par conséquent à enchaîner les succès. Retour sur les maux d’un Madrid critiqué qui va devoir rapidement sortir la tête de l’eau.

Retombées due aux titres 

C’est l’argument le plus souvent emprunté par les Madridistas afin d’expliquer la méforme actuelle. En effet, les Madrilènes règnent sur l’Europe depuis deux ans et pourraient avoir perdu leur soif de titres. Même s’il est difficile pour de tels joueurs de ne pas avoir l’envie permanente de gagner, l’inconscient pourrait être à la base d’une fatigue décelable qui fait que l’équipe manque de panache.

Une équipe physiquement touchée

Il est indéniable que l’équipe manque de fraîcheur et ceci pour deux raisons majeures. La première d’ordre plutôt logique puisque le Real joue six compétitions cette saison et a joué la Coupe du Monde des Clubs en décembre pour la deuxième année consécutive. Les voyages répétés, une trêve très courte ainsi qu’un nombre d’internationaux croissant, tous sont des facteurs permettant de rendre évident ce coup de pompe physique. Si l’on ajoute une préparation à l’italienne d’Antonio Pintus pompant un maximum d’énergie en début de saison et une rotation moins importante qu’à l’accoutumée, la coupe est pleine.

Un Madrid a deux visages 

Voici un lien direct avec l’argument précédent. Comme on vous l’évoquait il y a quelques jours, le Real a un sérieux problème de gestion de ses deuxièmes périodes. En effet, les hommes de Zidane concèdent plus d’occasions, s’en créent moins et cela se ressent sur la balance buts marqués/encaissés. Le manque de fraîcheur pourrait donc être l’une des explications à ce mal récurrent qui affaiblit l’équipe là où elle brillait l’an passé notamment grâce à son éternel capitaine toujours muet en ce début de saison. Du manque de rotation découle ces fins hasardeuses et particulièrement inquiétantes.

Un turnover limite 

Ce qui faisait la force de la gestion de Zidane l’an passé est devenu sa principale faiblesse ! Le technicien s’est converti en un réel Ancelotti bis en une inter-saison. De ce fait, 8 joueurs (Achraf, Borja Mayoral, Jesus Vallejo, Marcos Llorente, Ceballos, Bale, Théo et Kovacic) de l’effectif n’ont toujours pas atteint les 1000 minutes (un tiers du temps de jeu) cette saison. Alors que l’an passé, le protagonisme de Morata, James ou encore Lucas Vazquez était une arme puissante des merengues, elle est aujourd’hui un fusil sans munitions composé de joueurs passant plus de temps en tribunes que sur le terrain.

Des remplaçants qui ne répondent pas présent 

Et puisque tout est lié, les performances sont évidemment en corrélation avec le manque de temps de jeu. Aucun des joueurs recrutés ou ajoutés à l’effectif cette saison n’a pu apporter la plus-value escomptée. Le manque d’automatisme est flagrant et même si, pour beaucoup, la jeunesse peut être un argument valable pour justifier des performances en dents de scie, il convient de valoriser le bénéfice d’un temps de jeu plus important. Hormis la Copa del Rey, les temps de jeu de Ceballos, Marcos Llorente ou Vallejo sont très faibles et ne leur permettent pas de retrouver leur niveau affiché la saison passé dans leurs clubs respectifs. Les changements souvent tardifs effectués par le champion du monde 1998 viennent confirmer la tendance et démontre un manque de confiance de la part de ce dernier envers ses jeunes pousses qui, elles aussi, démontrent de grands doutes lors de leur mise en lumières.

Manque d’efficacité 

Après 31 matchs l’an passé, le Real comptait 92 buts marqués contre 68 cette saison. Les problèmes de Benzema et Cristiano sont remis en question à juste titre. Les coéquipiers d’Asensio frappent moins, cadrent moins et se procurent bien moins d’occasions que la saison dernière. Le manque de percussion est également un élément à prendre en compte. Si Isco est souvent pointé du doigt pour sa volonté de gagner les matchs seul, il reste l’unique élément de l’effectif à remporter la majorité de ses duels offensifs. Aujourd’hui, personne, mis à part l’espagnol, n’est capable de faire la différence hormis Luka Modric dans une position plus reculée. La volonté de faire venir Hazard ou encore Salah n’est d’ailleurs étrangère à ce constat.

Des joueurs pas au niveau

Puisque l’on parle de duels perdus, parlons de performances sur le déclin. Si le constat collectif est triste et inquiétant, le bilan individuel n’en est pas plus rassurant. Défensivement, il est clair qu’aucun duo n’apporte une réelle assurance et la cohésion semble manquer de ressources jusqu’ici. Si l’on regarde les côtés, nous constatons que le rendement est, lui pauvre. Enfin, si Carvajal est moins à l’aise lorsqu’il défend, il reste un référent offensivement (en témoigne encore sa passe décisive mercredi), Marcelo est, quant à lui, totalement hors de forme. Le brésilien est un calvaire défensif et même s’il ne nous a jamais habitué à une souveraineté monstre, ses errances et ses retours inexistants en contres, rendent sceptique. De plus, son apport offensif qui faisait sa force est réduit à néant. Plus aucun duel gagné, moins de précisions sur les centres et un nombre de dédoublement moins important. En bref, moins d’efforts et forcément moins d’apport.

Le milieu de terrain est lui aussi bien en dessous du niveau auquel il nous a habitué. Modric et Kroos sont très irréguliers d’un match à un autre voire lors d’une même partie. Les deux compères errent également dans la récupération mais souffrent aussi d’approximations rares pour être soulignées.

Cristiano Ronaldo a remporté son cinquième ballon d’or en décembre et peut remercier son début d’année 2017 incroyable, notamment en ligue des champions. En effet, lors de la deuxième partie d’exercice, le portugais n’a eu que très peu d’influence sur les résultats madrilènes et semble actuellement en pleine crise tant dans le jeu que dans l’efficacité.

Et si un joueur en connaît un rayon niveau crise, il s’agit de l’avant-centre, Karim Benzema. Auteur de seulement deux petits buts en Liga, Karim jouit d’une confiance aveugle de son coach qui le maintient là ou d’autres l’aurait déjà écarté. Moins disponible et surtout techniquement moins efficace, Benzema ne marque que trop peu et semble exaspérer les madridistes. A tel point que près de 70% ne souhaiterait plus le voir sur le front de l’attaque madrilène l’an prochain selon Marca.

Un problème Zidane ? 

Alors oui, les plus fans diront que nous sommes des ingrats, que le public du Real n’a pas de reconnaissance, qu’il n’est pas responsable, que ce n’est pas lui que joue…etc. Certes. Mais à Madrid, malheureusement, que l’on s’appelle Raúl, Casillas, Butragueño, Michel ou encore Zidane, personne n’est ménagé et surtout personne ne bénéficie d’un crédit illimité. Hier idole de tout un peuple, Zizou est aujourd’hui au centre des critiques et plusieurs éléments prouve qu’il n’est pas innocent à cette méforme actuelle.

  • Le Real joue en général bien trop bas et n’exerce aucun pressing sur la défense adverse. L’exemple du Clasico où Asensio et Bale mettent un temps infini à entrer est incroyablement accablant. Pendant pratiquement 7 minutes les joueurs ont attendu patiemment dans leur camp (mains sur les hanches pour bon nombre d’entre eux) alors qu’ils étaient menés (0 – 2) à domicile à 20 minutes du coup de sifflet final.

  • Une fluidité de jeu perdue :  Le ballon a beaucoup plus de mal à circuler cette saison. La faute à un manque de mouvements permanents qui empêche de trouver des espaces. Le bloc équipe étant beaucoup trop resserré, le Real permet à ses adversaires de combler rapidement ces espaces en réalisant un simple pressing en zone. Les trois hommes situés à la base de la relance se « marchent presque dessus » et empêchent les transitions cassant les lignes. Le manque de variété et de renversements de jeu criant pénalise une équipe en clair manque de créativité. Les ballons en profondeur souvent adressés aux latéraux comme Marcelo et Carvajal se font rares et l’équipe n’attaque pratiquement jamais de manière placée et élancée. En outre, ce manque de vitesse ne permet pas aux attaquants d’être servis dans de bonnes conditions.
  • Une nature bafouée : Le Real Madrid a toujours été une équipe évoluant en contres et cette époque semble révolue. Avec une volonté de faire le jeu, le Real se dénature et manque de créativité. Les joueurs composant l’effectif ne permettent pas d’incursions nettes par phases arrêtées placées comme peut le faire brillamment le Barça par exemple. Le désir de maîtriser la balle avec une possession plus élevée n’est pas une franche réussite et sans pressing concret, elle ne permet pas au Real de se créer un, nombre d’occasions correct.
  • Un marquage laxiste : C’est une donnée qui n’existait pas l’an passé. Aujourd’hui, le Real perd pratiquement 40% de ses duels aériens contre 17% la saison dernière. Un différentiel immense qui caractérise la fragilité de l’arrière-garde. Défensivement, seuls S.Ramos et Casemiro possèdent un pourcentage de duels gagnés raisonnable (+ de 70%) tandis que Nacho et Varane sont entre autres totalement dominés dans le domaine (<50%). Mais là n’est pas le plus gros problème. L’incursion sur les ailes est ce qui fait le plus mal au Real version 2017-2018. Le côté gauche notamment avec un Marcelo qui perd 84% de ses duels en un contre affaiblit un Madrid souvent dépassé lorsque l’on joue dans son dos.

Une défense aux abois 

Venons-en justement à cette défense totalement dépassée. Les statistiques de duels perdus ne seraient pas problématiques si elles ne correspondaient pas à des soucis plus profonds. Si le Real n’encaisse pas plus de buts que l’an passé à la même période, il demeure plus fébrile et moins constant. Les alignements défensifs sont catastrophiques (S.Ramos et Marcelo les plus souvent coupables) et la relance est bien moins efficace. Seuls Varane et Nacho donnent un peu d’assurance dans un domaine qui faisait la force du Real ces dernières années et permettaient au milieux de terrain de parfaitement quadriller le rectangle vert. Une force de piston perdue qui fait énormément de mal à la construction madrilène et condamne les acteurs à toucher le cuir plus souvent et ainsi progresser moins rapidement pour moins d’efficacité face aux blocs défensifs adverses déjà replacés.

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